29 octobre 2007

Se mettre en listes

A la manière de Sei Sônagon ,

Je vous propose de faire la liste, sans les hiérarchiser, des "choses" qui vous passent par l'esprit à la lecture des demandes suivantes :

1- Choses qui font battre le coeur.
2- Choses qui font naître un doux souvenir du passé.

3- Choses élégantes.
4- Choses qui ne s'accordent pas.
5- Choses sans valeur.
6- Choses qui fâchent.
7- Choses qui font rire.

8- Vous pouvez compléter cette liste; vous pouvez également ne répondre qu'à l'une ou l'autre de ces demandes.

Improvisations

Des ateliers d'écriture, ce n'est pas ce qui manque. Qui plus est, celui-ci n'a pas de projet bien défini et des stylos, on n'en a plus. Nous voilà bien.

Alors qu'est-ce qu'on va faire? 

Je ne sais pas trop. Je n'arrive ici qu'avec une intention. J'aimerais que l'on travaille nos mots comme le musicien travaille ses notes. De gammes en arpèges et dans tous les modes, piano comme fortissimo, jusqu'à ce qu'à en oublier l'exercice pour n'être plus qu'un avec la pâte sonore, mélodique et rythmique. 

Si l'improvisateur de jazz - qui déroule son discours comme nous déroulons le nôtre - a du génie, il passe peut-être plus de temps à bichonner chacune de ses notes que nous ne le faisons avec nos mots. Pourquoi ? Est-ce plus facile d'écrire ou sommes-nous moins soigneux? Il doit y falloir autre chose. Et doit pas suffire non plus d'être écrivant pour être écrivain... 

 
Le musicien, même professionnel, ne cesse jamais de "répéter", de "travailler" alors que dès que nous savons aligner trois mots, nous considérons que nous maîtrisons notre outil et que notre dire ne pourra être meilleur. On se prive par là-même de beaucoup de progrès, c'est-à-dire de beaucoup de plaisir. Si tant est que ce soit là ce qui compte: un être bien pour un être au monde.

Des sourires alors, puisque vous aimez bien!

 


28 octobre 2007

"Les précipités"

« L’écriture automatique et les récits de rêves présentent l’avantage de proposer une clé capable d’ouvrir indéfiniment cette boîte à multiple fond qui s’appelle l’homme. »
André BRETON

 

 L'écriture automatique - pour répondre à Luce qui un jour a posé la question - c'était un des jeux favoris d' André Breton et de ses amis surréalistes. il s'agissait de laisser parler l'inconscient, de faire sauter à coup de revolver la barrière mentale qui nous empêche d'aller gambader dans notre plus vaste prairie. Un lâcher prise absolu pour une jouissance langagière et une explosion de liberté. Un champ magnétique à investir.
Pas aussi simple que ça a en a l'air, essayez, vous verrez.
Sans tricher, sans revenir sur vos traces, sans corriger (pour le coup aucune réécriture), attrapez au vol les mots qui passent et posez les sur la page. Pour qui veut jouer complètement, relecture après publication seulement.

"Tout occupé que j’étais encore de Freud à cette époque et familiarisé avec ses méthodes d’examen que j’avais eu quelque peu l’occasion de pratiquer sur des malades pendant la guerre, je résolus d’obtenir de moi ce qu’on cherche à obtenir d’eux, soit un monologue de débit aussi rapide que possible, sur lequel l’esprit critique du sujet ne fasse porter aucun jugement, qui ne s'embarrasse, par suite, d’aucune réticence, et qui soit aussi exactement que possible la « Pensée Parlée » (...) c’est dans ces dispositions que Philippe Soupault à qui j’avais fait part de ces conclusions, et moi, nous entreprîmes de noircir du papier avec un louable mépris de ce qui pourrait s’ensuivre littérairement"... ainsi naquit entre autres, La délivrance
André Breton

19 octobre 2007

Et pourquoi pas ici?

J'ai retrouvé ce vague début de blog au fond de google. Mon campement entre tooblog et dotclear. Un terrrain en friche donc que nous pourrrions investir et réaménager. Qu'en pensez-vous?Un atelier d'écriture qui soit aussi un lieu de réflexion sur le langage, l'occasion d'un travail sur la langue pour toujours plus de plaisir.

09 mai 2006

J'ai trouvé ma place

j'y suis. Je sais enfin où je veux m'installer. J'ai beaucoup de travaux à faire et je vais camper quelques temps mais je suis si contente que je ne peux m'empêcher de vous laisser d'ores et déjà une trace.  

08 mai 2006

René Char 1943-1944 - Fureur et mystère

Feuillets d'Hypnos - Extraits  "

"Ces notes marquent la résistance d'un humanisme conscient de ses devoirs, discret sur ses vertus, désirant réserver l'inaccessible champ libre à la fantaisie de ses soleils, et décidé à payer le prix pour cela."

1 - Autant que se peut, enseigne à devenir efficace, pour le but à atteindre mais pas au delà. Au delà est fumée. Où il y a fumée il y a changement.

3 - Conduire le réel jusqu'à l'action comme une fleur glissée à la bouche acide des petits enfants. Connaissance ineffable du diamant désespéré (la vie).

4 - Etre stoîque, c'est se figer avec les beaux yeux de Narcisse. Nous avons recensé toute la douleur qu'éventuellement le bourreau pouvait prélever sur chaque pouce de notre corps; puis le coeur serré, nous sommes allés et avons fait face.

12 - Ce qui m'a mis au monde et qui m'en chassera n'intervient qu'aux heures où je suis trop faible pour lui résister. Vieille personne quand je suis né. Jeune inconnue quand je mourrai.
La seule et même Passante.
AngeEtrange - Oxy -

23 - Présent crénelé...

31 - J'écris brièvement. Je ne puis guère m'absenter longtemps. S'étaler conduirait à l'obsession. L'adoration des bergers n'est plus utile à la planète.

44 - Amis, la neige attend la neige pour un travail simple et pur, à la limite de l'air et de la terre.

46 - L'acte est vierge, même répété.

56 -Le poème est ascension furieuse; la poésie, le jeu des berges arides.

58 - Parole, orage, glace et sang finiront par former un givre commun.

70 - L' alcool silencieux des démons.
AngeEtrange

72 - Agir en primitif et prévoir en stratège.

81 - L'acquiesceme - nt éclaire le visage. Le refus lui donne la beauté.

101 - Imagination, mon enfant.

104 - Les yeux seuls sont encore capables de pousser un cri.
AngeEtrange

119 - Je pense à la femme que j'aime. Son visage soudain s'est masqué. Le vide est à son tour malade.

129 - Nous sommes pareils à ces crapauds qui dans l'austère nuit des marais s'appellent et ne se voient pas, ployant à leur cri d'amour toute la fatalité de l'univers.

145 - Du bonheur qui n'est que de l'anxiété différée. Du bonheur bleuté, d'une insubordination admirable, qui s'élance du plaisir, pulvérise le présent et toutes ses instances.
Oxy

163 - Chante ta soif irisée.

170 - Les rares moments de liberté sont ceux durant lesquels l'inconscient se fait conscient et le conscient néant ( ou verger fou).
Oxy

171 - Les cendres du froid sont dans le feu qui chante le refus.

172 - Je plains celui qui fait payer à autrui ses propres dettes en les aggravant du prestige de la fausse vacuité.

188 - Entre le monde de la réalité et moi, il n'y a plus aujourd'hui d'épaisseur triste.

200 - C'est quand tu es ivre de chagrin que tu n'as plus du chagrin que le cristal.
AngeEtrange

237 - Dans nos ténèbres, il n'y a pas une place pour la Beauté. Toute la place est pour la Beauté.
Oxy

in Fureur et mystère.

Puissent ces quelques aphorismes vous donner l' envie de lire l'ensemble des Feuillets d'Hypnos.

Commentaires

1. Le mercredi 8 juin 2005 à 19:49, par golosheez

et le 169 ?
"La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil"
C'est ma devise depuis bien longtemps et elle m'éclaire telle une lanterne frontale

2. Le mercredi 8 juin 2005 à 23:35, par TracesEcrites.

Le 169 est effectivement un aphorisme précieux. Vous le trouverez dans la rubrique "à retenir" (colonne de droite) accompagné d'une photo...

3. Le mercredi 15 juin 2005 à 22:06, par TracesEcrites.

Ces extraits des Feuillets d'Hypnos sont les textes les plus lus sur ce blog. Vous venez de pays très éloignés les uns des autres vous réunir autour du capitaine Alexandre. Vous ne pouvez imaginer comme cela me rend joyeuse!
Si une question précise a motivé votre recherche sur René Char, vous pourriez peut-être la poser ici.. et d'autres se plairaient peut-être à y répondre... ça ne coûte rien d'essayer. Et nous verrons bien où ça mène.

4. Le dimanche 2 octobre 2005 à 15:33, par mary

j'ai un exposé à faire sur rené Char avec pour thème la résistance autant moral que physique. Pourriez vous m'aider à trouver des axes pour mon exposé? merci!

René Char

Le poème pulvérisé - Argument - (1945-1947)

ARGUMENT

Comment vivre sans inconnu devant soi?

Les hommes d'aujourd'hui veulent que le poème soit à l'image de leur vie, faite de si peu d'égards, de si peu d'espace et brûlée d'intolérance.
Parce qu'il ne leur est plus loisible d'agir suprêmement, dans cette préoccupation fatale de se détruire par son semblable, parce que leur inerte richesse les freine et les enchaîne, les hommes d'aujourd'hui, l'instinct affaibli, perdent, tout en se gardant vivants, jusqu'à la poussière de leur nom.
Né de l'appel du devenir et de l'angoisse de la rétention, le poème, s'élevant de son puits de boue et d'étoiles, témoignera presque silencieusement, qu'il n'était rien en lui qui n'existât vraiment ailleurs, dans ce rebelle et solitaire monde des contradictions.

René Char

Hébergement gratuit avec Mezimages.com  Qu'il vive

Ce pays n'est qu'un voeu de l'esprit, un contre sépulcre

Dans mon pays, les tendres preuves du printemps et les oiseaux mal habillés sont préférés aux buts lointains.

La vérité attend l'aurore à côté d'une bougie. Le verre de fenêtre est négligé. Qu'importe à l'attentif.

Dans mon pays on ne questionne pas un homme ému.

Il n'y a pas d'ombre maligne sur la barque chavirée.

Bonjour à peine, est inconnu dans mon pays.

On emprunte que ce qui peut se rendre augmenté.

Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays. Les branches sont libres de n'avoir pas de fruits.

On ne croit pas à la bonne foi du vainqueur.

Dans mon pays, on remercie.

René Char

07 mai 2006

Pierre Péju

 

La vie courante

Hébergement gratuit avec Mezimages.com

  

I - Le milieu du chemin

"Le milieu du chemin? Sûrement l'ai-je déjà dépassé. Mais qu'importe! D'aussi loin que je me souvienne, j'éprouve cette impression de me trouver au milieu de quelque chose : d'un sentier qui bifurque, d'un gué, d'une aventure, d'un livre, d'une époque. Obligé d'avancer, voué à continuer, quitte à basculer à l'improviste vers une fin que je ne saurai pas reconnaître.

Par moments, tout ce qui occupe mon existence me paraît étonnant, lointain, et légèrement bougé comme un cliché pris d'une voiture qui ne ralentit qu'à peine. Lorsqu'on tâtonne dans le noir, le réel n'est jamais exactement où on croyait le saisir. Pourtant, mes souvenirs sont des blocs bien réels, d'étranges monuments dressés de loin en loin sur les rives.

En même temps, je ne parviens pas à tenir vraiment à tout ce qui se trouve derrière moi, submergé. Où passe le passé ne m'intéresse guère, même si certaines nuits sans sommeil je me trouve sur la pointe grise, entre le temps si vite écoulé, et le jour qui tarde à se lever. En tout cas, je n'ai pas su trouver de forêts assez obscures pour m'égarer, ni de clairières suffisamment claies pour me dire "c'est là".

Je sais avoir traversé quelques événements remarquables, tressé des liens de solidité variable, laissé des traces légères. Avançant dans la vie, j'ai fait des choix dans lesquels, aujourd'hui encore, je mesure mal la part des circonstances, la part de ma propre faiblesse, ou celle d'une répétition obscure. Mais ce sont mes choix, mes paris dérisoires qui tantôt m'allègent et tantôt me retiennent dans mon élan vers la suite."(.../...)

06 mai 2006

Archives sélectives : Journal ouvert 2005

Ouverture

Ecrire autrement qu'à la plume relève pour moi du défi. Je peux m'y essayer cependant. J'échapperai peut-être ainsi au risque si familier, de la page fébrilement froissée, engloutie par la vaste poche du manteau. Tant de boulettes de mots recroquevillés quelque part en moi-même.

Mauvais jour pour souffler de la fumée blanche. Egoïsme profond que de se laisser aller à servir du sel de larmes, quand on voudrait offrir de la poussière d'étoiles...
Je suis perdue aujourd'hui et je me parle d'abord à moi-même, comme l'aveugle exhibant sa canne blanche dans l'espoir fou qu'elle lui rende la vue. Indécence. Impudence.

Je ne peux m'y résoudre et renonce déjà. La maigre flamme de la bougie vacille et s'éteint. Je suis dans le noir. L'amour et la mort m'ont prise en otage. Humilité. Dévotion satanique aussi.

Je reste muette.
J'attends, craintive, et les mots se tortillent, s'agrippent, me cherchent. Je les chasse et ils reviennent pourtant avec autant de vigueur. Fourmis d'encre dans mon âme. Pardon

Commentaires

1. Le mardi 24 mai 2005 à 06:52, par zoé

mesure le chenmin parcouru.. Qu'en sera-t-il dans 2 autres mois?


2. Le mercredi 19 avril 2006 à 12:39, par Dandylan

Je suis le Voyageur du Futur qui vient de 2006 t'encourager jeune Traces à entamer ton voyage blogosphèrique.
Dans un an tu fêteras ton anniversaire de blog avec étonnement.
Rendez-vous dans un an.

 

Trace

Je réveillais mon rire et me tenait debout
Une fleur sur la peau, une aile frissonnante.
Les oiseaux se posaient sur mes exclamations.

La trace et sa lumière, en une poignée de mains
avaient saisi la marche, les nus et mon élan.

Mais la voix en tremblant dans l'ombre va s'éteindre.
Je suis dans le noir
Attentive
Je ralentis ma chute, l'épingle à chaque mot
ma plume à fleur de peau est toute votre présence,
désormais.

 

Matin

J'escalade mon rire, toujours plus près de vous
Caillou à cloche pied dans le ciel évadé
Voilà que je dérape
pensée accrochée
voulez-vous vous taire
me laisser tomber
Alors je partirai
sur un pied
avec mon rire escaladé
ma victoire, mon sommet
à jamais
pour vous.

Marelle

Elle ne sait pas s'étendre
s'étirer
elle vit en sursaut
hoquet ivre
venu trop tôt
trop tôt parti
toujours incertain
de leur commencement
de leur fin
Elle balance ses rires
d'avant en arrière
d'arrière
Et son sommeil clignote
sa voix s'égraine
vous l'aimez
à cloche pied
de la terre au ciel
en une course habile
où vous veillez à
jeter la pierre
sans effleurer
la craie.

Commentaires

1. Le mercredi 6 avril 2005 à 12:00, par marelle :: site

 

Le déplacement n’est pas moins suggestif dans un sens que dans l’autre, l’expérience ressurgit ainsi en fragments recomposés, soumis à des effets de fusions, de déplacements : dissociation des contours et des surfaces, formation d’images composites dont les éléments sont empruntés à des strates de mémoire plus ou moins enfouies. disparate et flottante.

"Une marelle sur le trottoir ; craie rouge, craie verte. Ciel. Le sentier, là-bas, à Butzaco, le petit caillou si soigneusement choisi, le coup bref avec la pointe du soulier, doucement, doucement, et bien que le ciel soit proche, toute la vie devant soi".

MARELLE, Julio Cortázar.

 

Traces écrites

Je viens de fouiller dans mon grand tiroir et d'en sortir ce journal à ouvrir. J'ai lu. Je me suis cherchée, j'avais comme rendez-vous, je trépignais. Mais je n'y suis plus. Mes douleurs anciennes se sont tues. Celles d'aujourd'hui n'y sont pas. Comme pont des unes aux autres, un même acharnement à chérir les éclats de muraille. Un goût d'enfance qui soulève le pas et s'éblouit en larmes. Mais je sais aujourd'hui sourire de mes désarrois, les aimer pour la part de rêve qu'ils m'apportent. Quel espace donner alors à une parole sur soi? Mes points d'incertitude gagnent le silence et les mots se tiennent toujours au bord de la chance.

un mois de blog

Dans la panique, j'ai pris la fuite. J'ai trouvé refuge ici.
Une terre calme
Pendant un mois, j'ai parcouru mon îlot en tous sens.
Méfiance
Respire noyée, respire et que ta plume lâche toute son encre.
Plante-toi dans leur silence et ris de toutes tes feuilles.
Pleure et nue nage.

De rebond en rebondissement

Il est un lieu de magie. Là, les mots s'inclinent humblement; on les croirait soumis au bonheur, grand mage leur imposant un solennel silence. Mais si dans les rangs, serrés les uns contre les autres, ils ont l'air de se taire, on les sent qui trépignent intérieurement. Ils chuchotent en se donnant des coups de coudes. L'instant est victorieux. Le fou rire n'est pas loin. Le silence tout entier clame leur joie. Et le plaisir naît du mal qu'ils ont à le taire.

 "Etre du bond; n'être pas du festin, son épilogue"   René Char                        

sans jeu

J'aurais jamais dû m'éloigner de ma table.

Je ne sais plus. Les mots m'ont lâchée. Mes livres restent fermés, empilés, ferveur raidie, souffle court.
Dehors j'ai joué les troubles fête en prenant la parole. J'ai soulevé le voile pour qu'entre plus de soleil, j'ai montré du doigt un danger à éloigner, j'ai cru ainsi courageusement participer à la protection d' un bien être collectif.
J'ai parlé. J'ai dit. En retour, un silence affolant, une solitude sans limite. Faut pas parler aux autruches, leur mutisme aveuglé est assassin.
Ingénuité dévorée, les mots contre moi se sont retournés. Morsure. Mort sur le champ. Champ de bataille. Taille toi vite. Vitamine s'il vous plaît. Plaie à nettoyer. Toi? y es-tu pour quelque chose?
Je ne sais plus. Les mots m'ont lâchée. Mes livres restent fermés, empilés, ferveur raidie, souffle court.

Le petit carnet bleu

J'ai retrouvé Le petit carnet bleu. Le plus petit. Celui qui tient dans la poche arrière d'un pantalon. Il a 14 ans. Voilà 6 ans qu'il avait disparu. Je l'ai écrit tout entier dans le bus. Chaque matin, à la même très bonne heure, à la même place, juste derrière le chauffeur. Un rendez-vous, un jeu pour soi seul, une habitude, un exercice, un rituel. 10 minutes . Ecrire 10 minutes. Ecriture automatique. Rêve qui se prolonge dans les premiers pas du jour.
Sur la première page, il y a juste écrit
"quelques mots en passant". Sur la dernière page, je lis :
"Derrière le rideau de mon silence essentiel, je veille, vous dis-je, je veille!
Le premier délire matinal :

Pas perdus

Le maître : L'exercice consiste à noter régulièrement toute pensée. Comme les enfants ou les écrivains tiennent leur journal. Avec la spontanéité des premiers et la fidélité des seconds.

Le disciple : Carnets commencés, failles dans la volonté. Scrupule, faiblesse, impuissance. L'écriture est un état de guerre.

Le maître : Une quête. Avec le choix d'une stricte discipline.

Le disciple : Je vis de ce que d'autres ne verront jamais. Mais tout m'échappe.

Le maître: Qu'as-tu donc vu? Quelle pierre as-tu soulevée?

Le disciple: Que dois-je faire?

Le maître : va donc secouer l'arbre de la cour pour en faire tomber les feuilles mortes. Il t'en remerciera.

 

Commentaires

1. Le mardi 31 janvier 2006 à 01:16, par que ma joie demeure

 

Amusant ! Moi , j'avais un cahier rouge ! Quand je me bagarrais avec mon oiseau des îles , mon recours ultime était ; "j'vais l'dire à mon cahier rouge " Et un jour , en relisant toujours les mêmes jérémiades j'ai rendu à mon cahier rouge sa virginité en arrachant les pages écrites ,et je me suis dit : "arrête de te plaindre , il va falloir faire avec " et...que ma joie demeure ! Et depuis je note dessus mes "pierres de soleil " ( des choses lumineuses , sur quoi m'appuyer en cas de gros temps , les cerises sur le gâteau en cas de beau temps...)


2. Le mardi 31 janvier 2006 à 14:34, par Dolgo :: site

C'est pas bien de faire du mal à dame nature.

3. Le mardi 31 janvier 2006 à 23:46, par Dolgo

Je t'adore.