Ouverture
mardi 5 avril 2005 à 21:54
Ecrire autrement qu'à la plume relève pour moi du défi. Je peux m'y essayer cependant. J'échapperai peut-être ainsi au risque si familier, de la page fébrilement froissée, engloutie par la vaste poche du manteau. Tant de boulettes de mots recroquevillés quelque part en moi-même.
Mauvais jour pour souffler de la fumée blanche. Egoïsme profond que de se laisser aller à servir du sel de larmes, quand on voudrait offrir de la poussière d'étoiles...
Je suis perdue aujourd'hui et je me parle d'abord à moi-même, comme l'aveugle exhibant sa canne blanche dans l'espoir fou qu'elle lui rende la vue. Indécence. Impudence.
Je ne peux m'y résoudre et renonce déjà. La maigre flamme de la bougie vacille et s'éteint. Je suis dans le noir. L'amour et la mort m'ont prise en otage. Humilité. Dévotion satanique aussi.
Je reste muette.
J'attends, craintive, et les mots se tortillent, s'agrippent, me cherchent. Je les chasse et ils reviennent pourtant avec autant de vigueur. Fourmis d'encre dans mon âme. Pardon
Commentaires
mesure le chenmin parcouru.. Qu'en sera-t-il dans 2 autres mois?
Je suis le Voyageur du Futur qui vient de 2006 t'encourager jeune Traces à entamer ton voyage blogosphèrique.
Dans un an tu fêteras ton anniversaire de blog avec étonnement.
Rendez-vous dans un an.
Par Traces Ecrites, mardi 5 avril 2005 à 22:44 :: Journal ouvert
Je réveillais mon rire et me tenait debout
Une fleur sur la peau, une aile frissonnante.
Les oiseaux se posaient sur mes exclamations.
La trace et sa lumière, en une poignée de mains
avaient saisi la marche, les nus et mon élan.
Mais la voix en tremblant dans l'ombre va s'éteindre.
Je suis dans le noir
Attentive
Je ralentis ma chute, l'épingle à chaque mot
ma plume à fleur de peau est toute votre présence,
désormais.
Par Traces Ecrites, mardi 5 avril 2005 à 23:05 :: Journal ouvert
J'escalade mon rire, toujours plus près de vous
Caillou à cloche pied dans le ciel évadé
Voilà que je dérape
pensée accrochée
voulez-vous vous taire
me laisser tomber
Alors je partirai
sur un pied
avec mon rire escaladé
ma victoire, mon sommet
à jamais
pour vous.
Par Traces Ecrites, mardi 5 avril 2005 à 23:02 :: Journal ouvert
Elle ne sait pas s'étendre
s'étirer
elle vit en sursaut
hoquet ivre
venu trop tôt
trop tôt parti
toujours incertain
de leur commencement
de leur fin
Elle balance ses rires
d'avant en arrière
d'arrière
Et son sommeil clignote
sa voix s'égraine
vous l'aimez
à cloche pied
de la terre au ciel
en une course habile
où vous veillez à
jeter la pierre
sans effleurer
la craie.
Commentaires
Le déplacement n’est pas moins suggestif dans un sens que dans l’autre, l’expérience ressurgit ainsi en fragments recomposés, soumis à des effets de fusions, de déplacements : dissociation des contours et des surfaces, formation d’images composites dont les éléments sont empruntés à des strates de mémoire plus ou moins enfouies. disparate et flottante.
"Une marelle sur le trottoir ; craie rouge, craie verte. Ciel. Le sentier, là-bas, à Butzaco, le petit caillou si soigneusement choisi, le coup bref avec la pointe du soulier, doucement, doucement, et bien que le ciel soit proche, toute la vie devant soi".
MARELLE, Julio Cortázar.
Par Traces Ecrites, mercredi 6 avril 2005 à 21:04 :: Journal ouvert
Je viens de fouiller dans mon grand tiroir et d'en sortir ce journal à ouvrir. J'ai lu. Je me suis cherchée, j'avais comme rendez-vous, je trépignais. Mais je n'y suis plus. Mes douleurs anciennes se sont tues. Celles d'aujourd'hui n'y sont pas. Comme pont des unes aux autres, un même acharnement à chérir les éclats de muraille. Un goût d'enfance qui soulève le pas et s'éblouit en larmes. Mais je sais aujourd'hui sourire de mes désarrois, les aimer pour la part de rêve qu'ils m'apportent. Quel espace donner alors à une parole sur soi? Mes points d'incertitude gagnent le silence et les mots se tiennent toujours au bord de la chance.
Par Traces Ecrites, mercredi 4 mai 2005 à 20:08 :: Journal ouvert
Dans la panique, j'ai pris la fuite. J'ai trouvé refuge ici.
Une terre calme
Pendant un mois, j'ai parcouru mon îlot en tous sens.
Méfiance
Respire noyée, respire et que ta plume lâche toute son encre.
Plante-toi dans leur silence et ris de toutes tes feuilles.
Pleure et nue nage.
Par Traces Ecrites, samedi 28 mai 2005 à 14:01
Il est un lieu de magie. Là, les mots s'inclinent humblement; on les croirait soumis au bonheur, grand mage leur imposant un solennel silence. Mais si dans les rangs, serrés les uns contre les autres, ils ont l'air de se taire, on les sent qui trépignent intérieurement. Ils chuchotent en se donnant des coups de coudes. L'instant est victorieux. Le fou rire n'est pas loin. Le silence tout entier clame leur joie. Et le plaisir naît du mal qu'ils ont à le taire.
"Etre du bond; n'être pas du festin, son épilogue" René Char
sans jeu
Par Traces Ecrites, mercredi 9 novembre 2005 à 09:29
J'aurais jamais dû m'éloigner de ma table.
Je ne sais plus. Les mots m'ont lâchée. Mes livres restent fermés, empilés, ferveur raidie, souffle court.
Dehors j'ai joué les troubles fête en prenant la parole. J'ai soulevé le voile pour qu'entre plus de soleil, j'ai montré du doigt un danger à éloigner, j'ai cru ainsi courageusement participer à la protection d' un bien être collectif.
J'ai parlé. J'ai dit. En retour, un silence affolant, une solitude sans limite. Faut pas parler aux autruches, leur mutisme aveuglé est assassin.
Ingénuité dévorée, les mots contre moi se sont retournés. Morsure. Mort sur le champ. Champ de bataille. Taille toi vite. Vitamine s'il vous plaît. Plaie à nettoyer. Toi? y es-tu pour quelque chose?
Je ne sais plus. Les mots m'ont lâchée. Mes livres restent fermés, empilés, ferveur raidie, souffle court.
Le petit carnet bleu
Par Traces Ecrites, lundi 30 janvier 2006 à 18:46 :: Journal ouvert :: #171 :: rss
J'ai retrouvé Le petit carnet bleu. Le plus petit. Celui qui tient dans la poche arrière d'un pantalon. Il a 14 ans. Voilà 6 ans qu'il avait disparu. Je l'ai écrit tout entier dans le bus. Chaque matin, à la même très bonne heure, à la même place, juste derrière le chauffeur. Un rendez-vous, un jeu pour soi seul, une habitude, un exercice, un rituel. 10 minutes . Ecrire 10 minutes. Ecriture automatique. Rêve qui se prolonge dans les premiers pas du jour.
Sur la première page, il y a juste écrit
"quelques mots en passant". Sur la dernière page, je lis :
"Derrière le rideau de mon silence essentiel, je veille, vous dis-je, je veille!
Le premier délire matinal :
Pas perdus
Le maître : L'exercice consiste à noter régulièrement toute pensée. Comme les enfants ou les écrivains tiennent leur journal. Avec la spontanéité des premiers et la fidélité des seconds.
Le disciple : Carnets commencés, failles dans la volonté. Scrupule, faiblesse, impuissance. L'écriture est un état de guerre.
Le maître : Une quête. Avec le choix d'une stricte discipline.
Le disciple : Je vis de ce que d'autres ne verront jamais. Mais tout m'échappe.
Le maître: Qu'as-tu donc vu? Quelle pierre as-tu soulevée?
Le disciple: Que dois-je faire?
Le maître : va donc secouer l'arbre de la cour pour en faire tomber les feuilles mortes. Il t'en remerciera.
Commentaires
Amusant ! Moi , j'avais un cahier rouge ! Quand je me bagarrais avec mon oiseau des îles , mon recours ultime était ; "j'vais l'dire à mon cahier rouge " Et un jour , en relisant toujours les mêmes jérémiades j'ai rendu à mon cahier rouge sa virginité en arrachant les pages écrites ,et je me suis dit : "arrête de te plaindre , il va falloir faire avec " et...que ma joie demeure ! Et depuis je note dessus mes "pierres de soleil " ( des choses lumineuses , sur quoi m'appuyer en cas de gros temps , les cerises sur le gâteau en cas de beau temps...)